dimanche 4 avril 2010

Le diable, probablement.


Il y a le pervers. Et il y a la femme du pervers. Victor Grandier et son épouse composent un numéro de duettistes particulièrement rôdé. Le scénario est toujours le même. Il appâte ses proies par son bagout. Elle achève de les séduire par son jeu d'archet.
Il y a chez Victor Grandier quelque chose de profondément sadien. Ce qu'il vise, c'est détruire l'autre, l'assujettir totalement, le pétrifier, parler par sa bouche, le mettre en pièces, le réduire à néant. Moins, pour lui, c'est trop peu. Il désarticule les êtres comme il désarticule les mots. Il fait signer à ses patients un contrat. Il connaît chaque rouage de la loi et s'en sert en permanence pour la subvertir. Tout comme l'Urbain Grandier de la possession de Loudun, chez qui on avait trouvé un traité sur la liberté des prêtres de se marier, Victor Grandier apparaît comme une figure dévoyée de l'individu libre qui s'autorise à penser totalement en dehors des cadres de son époque. Il se présente comme un « humanothérapeute ». Il dit avoir réfléchi à la psychanalyse et être allé plus loin. Il ne déploie ses charmes et ses sortilèges que dans le huis clos de son cabinet, c'est-à-dire hors du champ social. C'est le prototype du pervers issu d'une société individualiste. Ce qui est flatté chez sa proie, c'est que Victor Grandier serait détenteur de quelque chose qui pourrait être au-dessus de la société. On se dit qu'un tel être n'existe pas. Et puis, un jour, on en rencontre un.

("L'emprise", sera en vente en librairie le 7 avril 2010. Vous pouvez, si vous le souhaitez, le commander dès à présent sur Amazon.fr ou sur fnac.com)

1 commentaire:

  1. Je me réjouis à l'avance de lire L'emprise.
    Ce sera une manière de me familiariser avec votre "univers", et aussi de vous connaître un petit peu plus...

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