samedi 8 mai 2010

Une critique de "L'emprise", par Gilles Chenaille, dans Marie-Claire


Curieusement, j'aime bien cette critique de L'emprise. Gilles Chenaille a tout à fait raison : le discours des gourous est fait de grosses ficelles. Comment une rhétorique aussi simple peut-elle produire des effets aussi dévastateurs que ceux décrits dans L'emprise ? C'est justement, je crois, l'objet de la littérature de montrer comment le plus plat (ici, le topos de départ : une pauvre fille un peu paumée qui se fait avoir par un pervers avec mise en place d'un dispositif sadien) peut engendrer l'innommable.
Pourquoi les victimes de Michel Fourniret sont-elles montées dans sa voiture ? Comment une famille entière d'aristocrates a-t-elle pu, à Monflanquin, se mettre sous la coupe d'un gourou aussi charismatique qu'une boîte de thon en sauce ? J'invite ceux que la question intéresse à lire L'emprise, mais aussi à se (re)plonger dans :
- les conclusions de l'expérience de Milgram sur la soumission volontaire à l'autorité (Milgram, 1960-1963)
- les travaux de Zimbardo sur les effets de la situation carcérale (Zimbardo, 1971), également connus sous le nom d'expérience de Stanford ou Effet Lucifer.
- les travaux du psychiatre et criminologue Jean-Marie Abgrall, notamment, La mécanique des sectes (Payot, 2002)
- l'article du sociologue Erving Goffman sur la question de la honte dans la manipulation mentale ("Calmer le jobard" in Le parler frais d'Erving Goffman, Minuit, 1990.).

Bon week-end à tous !

7 commentaires:

  1. Emilie Rochefort8 mai 2010 à 02:33

    Je soutiens cet avis pour être passée par là et le constater régulièrement. Pris dans un système de pensée, un fonctionnement psychique perverti ou devrais-je dire marqué ou tordu, l'individu vulnérabilisé non seulement se laisse amadouer, mais en plus va aller inconsciemment vers ceux qui lui donneront ce bon- mal.
    Je n'ai pas encore lu l'Emprise, mais ça ne saurait tarder donc!
    Les grosses ficelles ça marche, bien sûr. Et ne parlons pas de ceux qui ont vu la ficelle, mais se persuadent qu'ils sont plus malins, ou par opportunisme croient utiliser la ficelle pour eux, jusqu'au jour où...

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  2. bof-bof le "tout s'arrange" - je ne crois pas que Gilles Chenaille ait "compris" la fin, mais bon...

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  3. @ PS : Gilles Chenaille, tout comme sa collègue et amie Emmanuelle de Boysson, n'ont pas été sensibles à l'ironie cruelle du texte. C'est bien évidemment leur droit le plus strict...
    Pour ce qui est de la fin, en effet : rien ne s'arrange. Le but n'est pas de plaindre la pauvre petite proie du pervers. C'est de montrer que, pour reprendre le joli mot de André Green, "le mal est sans pourquoi". On n'est pas dans la logique de la rédemption ni dans celle de la victimisation. On est dans la logique du démoniaque, dont le dernier tronçon serait le pervers.

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  4. La réalité dépasse la fiction, dit-on souvent. Avec ce roman, Sarah Chiche réussit à nous captiver avec une fiction qui nous fait d'autant plus frémir que la réalité de l'actualité semble en être le dangereux reflet...

    Marc Aurèle

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  5. Quelle que soit la lecture qu'on peut faire de votre texte - ce qu'il veut raconter, et ce qu'il arrive effectivement à raconter, ou non - et quoi que l'on pense de votre manière ou de votre style - ils servent bien le sujet, ou non - je tenais à vous féliciter ici pour votre fair play. A défaut du présent, il augure bien de l'avenir...

    Gilles Chenaille

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  6. @ Gilles Chenaille : contente et amusée de vous croiser sur ce blog. Ecrire et être publié, c'est aussi accepter les règles d'un jeu passionnant et parfois cruel. C'est toujours très étonnant de constater le décalage entre ce que l'on a souhaité faire, ce que l'on fait effectivement, et la façon dont le livre est perçu (et par l'éditeur, et par les journalistes, et par les lecteurs). Avec "L'emprise", je dois dire que, sur ce point, je ne suis pas déçue... Certains aiment beaucoup. D'autres sont profondément irrités par ce texte.
    Mais tout ceci m'incite à travailler. Je ne manquerai pas de vous envoyer, le moment venu, mon prochain roman.
    Bien cordialement,
    SC

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  7. @ Sarah Chiche : volontiers, je lirai votre prochain texte avec attention. Et intérêt.
    Cordialement aussi,
    Gilles C.

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