mercredi 9 juin 2010

Comment rendre un enfant heureux ?


Le bien-être de l'enfant fait aujourd'hui l'objet de multiples publications. Ainsi Didier Pleux, directeur de l'Institut français de thérapie cognitive, et Aldo Naouri, psychanalyste, s'intéressent tous deux au sujet. Mais défendent-ils la même vision de l'éducation de l'enfant ? Etat des lieux, par Sarah Chiche.

La naissance conjointe de la pédiatrie et de la psychanalyse à la fin du XIXe siècle, puis les travaux de Henri Wallon et Jean Piaget, ont fait de l'enfant un individu à part entière avec des besoins et des désirs. Aujourd'hui, le nombre d'enfants qui consultent un pédopsychiatre est en nette augmentation et le plus petit écart à la norme est vécu dans l'angoisse par bien des parents : le moindre enfant un peu turbulent fait par exemple craindre aux parents et aux enseignants la possibilité d'un trouble déficit de l'attention/hyperactivité. Si la question du bien être de l'enfant est au premier plan, l'enfant-roi des années 1970 à la Dolto a fait long feu, et le rétablissement d'une certaine autorité bienveillante semble de mise. En témoigne la parution quasi-simultanée de deux ouvrages, écrits par deux spécialistes de l'enfance qui, bien qu'ayant une formation et des modèles théoriques fort différents, arrivent peu ou prou à la même conclusion : un enfant heureux, ce n'est pas un enfant qui ne manque de rien, mais un enfant qui, grâce à l'éducation donnée par ses parents, est équipé pour faire face au manque.

Qui aime bien, frustre bien

Ainsi, dans Un enfant heureux, Didier Pleux, psychologue du développement et psychothérapeute, fait de la frustration le pivot de sa théorie : pour accéder au bonheur, un enfant doit intégrer le fait qu'il ne peut obtenir tout ce qu'il veut immédiatement et accepter les moments d'ennui ou de déplaisir de l'existence. Selon cet auteur, dans la mesure où, dès son plus jeune âge, la première cognition irrationnelle chez l'enfant est liée à sa façon de penser la réalité sans frustration, il importe de lui redonner le goût de l'effort : « Connaître l'attente avant d’obtenir un résultat amplifie le plaisir. Jouer un morceau de musique après des heures d’entraînement procure plus de joie que de connaître immédiatement une mélodie facilement apprise. » Pédiatre formé à la psychanalyse, Aldo Naouri, auteur de L'enfant bien portant, ne semble pas dire autre chose lorsqu'il souligne : « Un enfant sera toujours bien portant quand il occupera sa place d’enfant, entouré de parents soucieux d’abord l’un de l’autre. Sa santé physique et psychique se fabrique en effet dans l’intimité du lit conjugal. C’est la frustration qui résultera pour lui de ce fait fondamental qui l’aguerrira pour la vie entière. »

Les méfaits du consumérisme

Le livre de Didier Pleux se veut un manuel d'éducation au bonheur : on y trouve quantité de tests permettant aux parents d’identifier le caractère de leur enfant et ses problèmes, mais aussi des conseils pratiques et des vignettes cliniques. L'ouvrage d'Aldo Naouri tient davantage du traité de pédiatrie : y sont abordées la question de l'allaitement, les maladies de l'enfance, mais aussi le développement psychomoteur et psychoaffectif du bébé puis de l'enfant. Mais les deux auteurs se rejoignent dans leur critique de la société de consommation et son impact sur l'éducation des enfants. Pour Didier Pleux, laisser l'enfant développer son ego au détriment du social, c'est prendre le risque de le condamner à l'égocentrisme et l'asservir à la dictature du principe de plaisir. Il importe donc de développer la singularité de son enfant, c'est-à-dire de l'aider à être soi, sans se laisser envoûter par les sirènes du consumérisme : « Pas de surstimulation, de surconsommation, de survalorisation, de surprotection, de surcommunication », préconise-t-il Même son de cloche chez Aldo Naouri : devenir parent est un acte social. Cessons de faire de l’enfant le centre du dispositif familial. C’est un hôte que l'on intègre à la cellule familiale. De plus, si l'on gâte un enfant à outrance et qu'on sature son désir, il ne peut pas même en éprouver l'existence : « Le langage le dit bien, un enfant « gâté » finit par être « pourri » et sera incapable du moindre effort. Apprendre à un enfant à lutter contre ses pulsions, à les maîtriser puis à les refouler est un état d’esprit auquel les parents doivent souscrire dès la naissance, voire avant. Cet état d’esprit leur permettra de satisfaire les demandes de leur enfant pendant les neuf premiers mois de sa vie sans se croire contraints de le faire par la suite. Ils leur faut en quelque sorte troquer le slogan nocif « l’enfant d’abord », distillé par l’environnement, contre le slogan « le couple parental d’abord ». »

Chercher le sens ou garder du bon sens ?

Toutefois, ces deux livres qui proposent apparemment la même chose – comment aider son enfant à devenir autonome pour en faire un adulte de qualité - campent en réalité sur des positions théoriques extrêmement différentes. Pour Aldo Naouri, le développement psychomoteur et psychoaffectif de l'enfant s'inscrit dans le cycle de la vie et des générations dont il constitue un maillon, l'acte d'élever prenant des accents lévinassiens, où la... (pour des raisons de droits, l'article ne peut être retranscrit ici intrégalement. Je vous invite à le consulter dans son intégralité en cliquant ici).

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire