jeudi 15 décembre 2011

Le divan n'a pas dit son dernier mot.


Au moment même où l'on assiste à une diminution progressive de l'influence de la psychanalyse dans bon nombre de services de psychiatrie au profit des approches neurobiologiques, s'est ouvert à Sainte-Anne l’Institut Hospitalier de Psychanalyse. Le lieu, ouvert depuis mai 2011, propose des consultations psychanalytiques gratuites et accessibles à tous ainsi qu'une riche plate-forme de formation à la psychanalyse pour les psychologues et les internes en psychiatrie. Village gaulois ou témoignage de la capacité de la psychanalyse à innover et à se transformer ?

Autant laisser tout de suite à la porte les préjugés que vous pouvez avoir sur l'hôpital psychiatrique, ses soignants revêches et ses corridors dont le mobilier et l'éclairage justifient à eux seuls l'entrée en dépression sévère : à l'Institut Hospitalier de Psychanalyse de Sainte-Anne, l'hospitalité commence précisément par le soin apporté aux locaux et l'idée que ça n'est pas parce qu'une personne est en état de grande souffrance psychique qu'elle n'est pas sensible au beau. Le lieu a été créé en mai 2011 par une figure de la psychanalyse en France, Françoise Gorog. Pendant longtemps, elle a été la seule femme mais aussi la seule lacanienne se revendiquant comme telle à diriger à Sainte-Anne un service de psychiatrie. Ateliers d'écriture, de cuisine, de philo, de danse ou de relaxation proposés aux patients, possibilité de revenir aux ateliers ou en accueil déjeuner après l'hospitalisation, patients en tenue de ville, psychiatres tous formés à la psychanalyse et ne portant pas de blouse blanche, séminaires de psychanalyse et de sciences humaines pour le personnel soignant... Outre l’extrahospitalier, les deux pavillons qu'elle a dirigés pendant plus de vingt années, l'un ouvert, l'autre fermé, ont été des modèles de ce que la psychiatrie hospitalière peut donner de mieux quand elle cesse de se vautrer dans la frénésie sécuritaire pour se concentrer enfin sur ce que devrait être sa mission première : prendre soin de nos fous. Françoise Gorog fait partie de ces soignants qui n'hésitent pas à aller passer les fêtes de Noël à l'hôpital auprès des patients, ou à aider les infirmières à nettoyer l'appartement enseveli sous les détritus d'une personne en voie de clochardisation. A l'heure où, du fait des terribles restrictions budgétaires dont pâtit la psychiatrie en France, les réunions d'équipes dans un nombre grandissant de services se limitent de plus en plus à un triste jeu de chaises musicales pour pouvoir gérer à flux tendu le manque de lits disponibles, son départ du Secteur 16 de Sainte-Anne en mai dernier en a inquiété beaucoup – mais aussi réjoui ceux qui considèrent la psychanalyse comme un bibelot exotique dont la place doit désormais se cantonner aux bibliothèques ou aux musées.

« Quitter le modèle de la médecine à deux vitesses

pour nous rapprocher de celui de la psychanalyse pour tous. »

Philosophe, Françoise Gorog constate : « Quand j'ai commencé ici, la file active était de 800 malades, quand j'ai laissé le secteur 16, en mai dernier, nous étions à 2500 malades. Entretemps, le personnel médical et psychologique s'était accru de peut-être un quart de plus grand maximum. Avec la politique d'austérité qui se dessine, il faut quand même être réalistes. » Du fait de la politique de sectorisation[1], son service ne pouvait accueillir que les seuls patients du quinzième arrondissement. La naissance de l'Institut Hospitalier de Psychanalyse (IHP), au moment même où se créé la communauté hospitalière de territoire[2], tombe donc, dit-elle, à point nommé. Le projet de l'Institut ? Proposer aux parisiens qui le souhaitent des consultations gratuites avec un analyste mais aussi être un lieu de transmission de la psychanalyse. On pourrait penser que l'idée, si louable soit-elle, n'a rien de bien nouveau : depuis 1946, le très réputé Centre Claude Bernard propose un service de diagnostic et de soins ambulatoires pris en charge par la Sécurité Sociale et les caisses Mutualistes après accord médical qui est également une plate-forme d’enseignement pour les analystes en formation de la Société Psychanalytique de Paris (S.P.P.). Le Centre de Consultations et de Traitements Psychanalytique Jean Favreau est également une émanation de la SPP. D'autres sociétés de psychanalyse comme Espace Analytique avec l'École Expérimentale de Bonneuil ont développé des structures a priori équivalentes. Or, précisément, toute l'originalité de l'Institut Hospitalier de Psychanalyse tient aussi en ce qu'il n'est affilié à aucune société de psychanalyse. Ainsi, si Françoise Gorog est membre des Forums du Champ Lacanien, comme Francisco Herrada, les autres membres de l'équipe viennent d'horizons très différents : le Dr Luc Faucher, psychiatre à l'IHP, est à l'Association Lacanienne Internationale (ALI), Patrick Guyomard, responsable de l'un des séminaires d'enseignements, est à la tête de la Société de Psychanalyse Freudienne (SPF), où l'on étudie aussi bien les apports de Lacan, que ceux de Freud ou des kleiniens. Psychologue, Éléonore Galiana-Mingot se réfère davantage à la Société Psychanalytique de Paris (SPP), la plus ancienne association se réclamant de Freud et qui se caractérise notamment par son insistance sur le cadre fixe des séances, l’interprétation du transfert et l’analyse du contre-transfert. Tout en ayant une orientation différente de celle de ses collègues lacaniens sur un certain nombre de questions théorico-cliniques, Éléonore Galiana-Mingot n'a pas hésité avant de rejoindre l'Institut. Elle explique, enthousiaste : « « l’IHP représente pour moi une occasion de défendre, l’une des valeurs essentielles du service public malheureusement de plus en plus négligée, qui est l’accès au soin offert à tous les citoyens. C'est un pas, certes modeste, mais sur une voie ambitieuse consistant à quitter le modèle de la médecine à deux vitesses pour nous rapprocher de celui de la psychanalyse pour tous. » Sophie Rigaud, qui travaille depuis dix ans avec Françoise Gorog, prend en charge toute la partie logistique et administrative de l'Institut avec le soutien de Monsieur Jérôme Pieuchard. Elle se charge aussi de réceptionner les appels et de répartir les rendez-vous. Et les demandes commencent à affluer : « L'Institut démarre, mais nous avons déjà plus de 50 nouvelles demandes pour une file active de 130 personnes ».

Car, avec la crise économique, nombreuses sont les personnes qui, pour de multiples raisons, souhaitent « voir un psy », mais pensent tout simplement ne pas en avoir les moyens financiers. « Ce que je souhaite, c'est que telle personne qui a perdu son emploi, telle personne qui subit de plein fouet la souffrance au travail et qui en a les symptômes, puisse néanmoins rencontrer un analyste. Et puis, insiste Françoise Gorog, il n'y a pas seulement le côté gratuit, il y a le côté accessible : même si vous n'avez pas votre papa, votre maman ou un proche qui est copain avec un psychanalyste ou quelqu'un qui a fait un bout de tranche, vous pouvez rencontrer un analyste ! »

De nouveaux types de demandes

De fait, la conjoncture économique difficile, les mutations au sein de la cellule familiale et l'isolement grandissant dans les villes comme Paris produisent de nouveaux types de demandes. « On voit à l'Institut aussi bien l'employé qui vient parce qu'il a des soucis avec son manager que le manager qui se retrouve soudain sur la touche, à cause de la crise. » Françoise Gorog rapporte aussi le cas d'une femme venue la voir parce que, suite à son cancer du sein, elle avait développé une crainte particulière concernant l'image du corps et sa féminité, mais aussi à sa position de femme susceptible de trouver un emploi. « Je crois qu'aujourd'hui, cette femme peut dire que pouvoir en parler pour elle a été particulièrement important et pas seulement dans le service d'oncologie où pourtant il y avait des psychologues disponibles. » Elle raconte aussi le cas de ce restaurateur chinois qui, soudain, incapable de porter des casseroles très lourdes, s'est trouvé du jour au lendemain sans emploi et dans une solitude atroce, chez lui et qui a pu, dans ce lieu d'écoute, réexplorer suffisamment son désir pour commencer un nouveau départ dans la vie.

On le sait, désormais, en Ile de France, un mariage sur deux se termine en divorce. C'est donc sans surprise qu'un autre type de demandes faites à l'Institut, tout aussi importantes, concerne « les éternels problèmes d'amour, du divorce, à la séparation, en passant par le veuvage, mais on a aussi des demandes d'analyse qui surviennent à la suite d'une bonne rencontre. Une rencontre amoureuse, ça bouge complètement un sujet et il n'y a pas de recette pour apprendre à se débrouiller avec ça. » Vient ensuite le cortège des étudiants qui, s'ils ne sont pas sans avoir, pour un certain nombre d'entre eux, au moins une petite idée de ce qu'est la psychanalyse, n'ont pas d'argent pour entreprendre une cure. « Bien sûr, précise Françoise Gorog, ces étudiants peuvent accéder à des consultations gratuites via les Bureaux d'Aide Psychologique Universitaire (BAPU), mais souvent ces consultations sont surbookées, il y a des délais d'attente très longs, de plusieurs mois. »

D'autres personnes viennent frapper à la porte de l'Institut parce qu'elles se débattent avec des problématiques contemporaines, qu'il s'agisse de procréation médicale assistée ou de questions relatives au genre qui obligent la théorie et la pratique psychanalytique à évoluer et à innover. « Je n'ai pas du tout la même vision de ces problèmes que j'avais il y a trente ans de cette suspension entre les sexes », raconte Françoise Gorog. Pas question, donc, de s'enfermer dans le simple commentaire du commentaire et la fétichisation passéiste de concepts qui, du fait des mutations sociales, ne tiennent plus debout. «Bien évidemment, du temps de Freud ou même de Lacan, ces questions ne se posaient pas en ces termes. Nous ne sommes donc pas de trop, à l'Institut, pour pouvoir réfléchir, avec nos sensibilités différentes. » Éléonore Galiana-Mingot songe d'ailleurs à la mise en place d'un psychodrame analytique, une forme de thérapie utilisant la dramatisation au service du processus analytique. « Le psychodrame est un aménagement du cadre très pertinent pour les patients qui se heurtent à des difficultés d’élaboration en individuel. Cela permet, pour des patients psychotiques ou états-limites par exemple, d'offrir un espace assez contenant pour qu’émerge une conflictualisation psychique, que soit relancée la symbolisation. La mise en scène des productions de l’inconscient donnera l’occasion aux analystes de jouer, puis de reprendre des propositions interprétatives (relatives notamment aux résistances et au transfert).

L’IHP peut, dans un second temps, orienter ses patients vers une prise en charge spécifique à long terme : relais avec une offre de secteur ou libérale, avec des instituts de psychanalyse issus de différentes associations, ou avec des services de médecine générale. D'autant que cette structure ne peut pas offrir une cure-type classique sur des années. « On n'a pas les moyens dans le service public de faire des cures qui vont durer entre cinq et dix ans, explique le Dr Gorog. Par contre, on peut éviter le retard imposé, soit par le manque d'argent, soit par ce qu'on appelle désormais le manque de réseau. » Et elle ajoute : « Moi par exemple, j'ai fait mon analyse cinq fois par semaine chez Lacan, comme les gens allaient cinq fois par semaine chez Freud. C'était épatant, il y avait pas de fermeture de l'inconscient. Or, qu'est-ce que vous voyez dans la psychanalyse libérale. Maintenant, les analystes qui reçoivent deux fois par semaine, c'est banal, c'est même presque la norme. Mais je ne vois pas qui de nos jours va pouvoir se déplacer et payer cinq séances ! » Les patients peuvent donc être reçus pendant environ six mois. Ce qui peut dans bien des situations permettre d'amorcer un travail ou de parer au plus pressé quand l'intensité de la détresse d'une personne l'exige.

« La question des analystes qui s'en mettent plein les poches, c'est de la malveillance ! »

Un programme ambitieux qui devrait donner bien du fil à retordre à ceux qui estiment que la psychanalyse est un luxe fait par des bourgeois pour des bourgeois. « Très franchement, je travaille à Sainte-Anne depuis 1976 et j'ai vu toutes sortes de gens faire des demandes d'analyse, raconte Françoise Gorog. Moi, je faisais trois gardes de nuit pour payer mes séances chez Lacan qui, je le précise, me prenait très peu cher : 100 francs (15 euros), en 1978. Un de mes camarades infirmier payait 50 francs (7,5 euros). Pendant ce temps, il prenait 500 francs à telle autre personne. Mais peut-être avait-il ses raisons, bonnes ou mauvaises. Donc la question des analystes qui s'en mettent plein les poches, c'est de la malveillance pure. » Car pour Françoise Gorog, l'équation est simple : « confondre la psychanalyse avec un objet de consommation et prétendre qu'elle est réservée aux riches, est une petite idée crée par des gens dont c'est l'intérêt. Pourquoi ? Parce que si on arrive à convaincre des gens qui ne sont pas très riches que la psychanalyse, c'est pour les riches, eh bien ça en fait des consommateurs tout trouvés pour de nouvelles formes de recherche de bien-être, qui vont des massages en institut de beauté aux thérapies de week-end, ou toutes sortes de choses qui coûtent assez chères mais sont limitées dans le temps. »

Poursuivre et innover

Le modèle qui a guidé la création de l'IHP ? La polyclinique de Berlin. Appelé de ses vœux par Freud, créé en 1920 par Max Eitingon et Ernst Simmel, le lieu a pendant une dizaine d'année accueilli des analystes prestigieux comme Karl Abraham ou Melanie Klein et permis d'offrir à la fois une formation aux jeunes analystes mais aussi un traitement gratuit pour la population nécessiteuse. S'y sont déroulées des analyses d'enfants, de personne âgées, d'ouvriers, dans une saine émulation jusqu'à ce que l'avènement du nazisme donne un brutal coup d'arrêt à son expansion. En Angleterre, la prestigieuse Tavistock Clinic qui, a eu dans ses rangs des analystes aussi réputés que Wilfried Bion, Donald Meltzer, John Bowlby ou Ester Bick, a eu un rôle de premier plan pendant la Seconde Guerre mondiale en initiant des communautés thérapeutiques pour soldats et des psychothérapies analytiques de groupe sous l'impulsion de Bion, est devenu une référence internationale dans le milieu psychanalytique et hospitalier.

L'IHP de Françoise Gorog trouvera-t-il sa place au sein de la fourmilière qu'est devenue aujourd'hui le Centre Hospitalier Sainte-Anne, avec ses 3 000 employés ? « Sainte-Anne est un hôpital, actuellement dirigé par Monsieur Jean-Luc Chassaniol qui a permis la création de l’Institut après un passé historique fabuleux, que je ne renie pas, précise le Dr Gorog. D'abord avec l'invention du Largactil (en 1952, la chlorpromazine, le premier des neuroleptiques, a révolutionné à l'échelle planétaire la prise en charge des troubles psychotiques) par Jean Delay et Pierre Deniker ; Cet hôpital a aussi été un important relai de la psychiatrie institutionnelle et de grands psychiatres et psychanalystes y ont travaillé : Georges Daumezon, Pierre Mâle, Roger Dorey, Michel Soulé, Colette Chiland, le plus important étant, pour moi, Jacques Lacan, parce qu’il fût mon analyste et qu’il a passé sa vie, jusqu'à la fin de ses jours, à faire ce que l'on appelle la présentation de malades[3], sans chichis, à Sainte-Anne. ». Si le grand public connaît le Lacan psychanalyste libéral, il sait moins que Jacques Lacan a pendant trente ans, et jusque dans les dernières années de sa vie, conduit, deux fois par mois, des entretiens publics avec des patients hospitalisés. Cette pratique, au principe même de la formation, depuis le milieu du 19ème siècle, des psychiatres, psychanalystes, infirmiers ou travailleurs sociaux, que leur fonction amène à soigner à l'hôpital ou hors de l'hôpital des malades mentaux, continue d'être controversée. Ses détracteurs y voient une pantomime obscène. Ses partisans estiment qu'on ne peut en aucun cas acquérir une culture purement livresque de ce qu'est la psychose. Le public qui y assiste vient pour apprendre quelque chose d'un patient. Car lire des ouvrages théoriques sur ce que peut être l'hallucination ou le délire de persécution est une chose, mais l'entendre, c'est-à-dire écouter un patient, qui se met en position de transmettre ce qui est d'ordinaire indicible, faire surgir les aspérités et les fractures de la psychose en est une autre. Tout comme Lacan, lors de ses présentations cliniques, détectait parfois que chez un patient tel trouble prétendument psychiatrique avait en réalité une cause neurologique, Françoise Gorog, qui propose elle aussi, en alternance avec Colette Soler, des présentations de malades, précise : « j’ai toujours déploré la tendance au déni de ce qu'il y a d'organique dans les maladies quelconques, j'ai toujours été folle de rage quand on passait à côté d'un problème neurologique en le prenant pour quelque chose de psychiatrique. Par contre, je trouve que la présence de la psychanalyse à Sainte-Anne, même si elle existe toujours – dans tous les services, il y a des analystes, d'obédiences différentes - , avait besoin d'être inscrite et visible à Sainte-Anne. » De fait, on assiste depuis le milieu des années 1980 à une disparition progressive de la psychanalyse à l'hôpital.

« Transmettre, c'est fondamental ! »

L'Institut a remporté une première victoire : il propose un séminaire validant pour le diplôme des jeunes internes en psychiatrie. Ce qui lui permet d'acquérir une légitimité dans le cursus hospitalo-universitaire. Car si, il y a trente ans, tout dans l'imaginaire social incitait à aller faire un tour sur le divan, désormais un certain nombre de jeunes internes en psychiatrie débarquent à l'hôpital sans jamais avoir mis le nez dans un texte de Freud ou de Lacan. « Transmettre, c'est fondamental, insiste le Dr Luc Faucher. Nous les formerons, quelques heures par mois, à la psychanalyse, dans ses indications, ses grands principes, mais aussi à l'importance d'une réflexion analytique également dans les problématiques institutionnelles. Je trouve très important que de jeunes psychiatres soient compétents dans leurs domaines mais acquièrent aussi des compétences psychanalytiques. L'Institut doit être un lieu offert aux patients pour rencontrer des analystes mais aussi un lieu de rencontre pour tous ces jeunes en formation. En tant qu'interne, j'aurais bien aimé avoir un lieu comme ça. » De fait, la nouvelle génération d'internes en psychiatrie est peu formée à la psychanalyse, dans la mesure où depuis l'édition de 1980 du DSM (Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorder, le manuel international de classification des troubles mentaux) a évacué toute question sur l'étiologie des troubles psychiatriques, démantelé le concept d'hystérie et la tripartition classique névrose, psychose, perversion, la trajectoire singulière d'un individu, ses aspérités et tout ce qui l'a amené à se retrouver un jour à franchir la porte d'un hôpital psychiatrique étant relégués au second plan, quand ils ne sont pas purement et simplement escamotés.

Par ailleurs, les psychologues ou les analystes en formation qui désirent faire un stage à l'Institut peuvent avoir accès aux multiples séminaires d'enseignement ou aux présentations de malades qui y sont proposées. Si certains ont fait un traditionnel cursus en psychologie clinique à l'Université, d'autres ont une solide formation en philosophie. Beaucoup d'entre eux viennent de l'étranger. En ce moment à l'Institut une jeune japonaise, deux jeunes chinois travaillent sur le transculturel, la psychanalyse avec un sujet qui n’est pas de culture occidentale, occidenté dit un jour Lacan ! , une italienne fait une enquête socio-psychologique sur les représentations de la folie. Mais les places sont chères. Ce matin, une brésilienne a tenté sa chance. Elle avait un bon dossier mais aucune formation analytique. Elle a été recalée.

Il y a tout juste un an on inaugurait en grande pompes à La Salpêtrière l'Institut du Cerveau et de la Moëlle Epinière, ses 22 000 m2 dotés de quatre IRM de recherche et pouvant accueillir 600 chercheurs. Coût de la construction : 68 millions d'euros. L'Institut Hospitalier de Psychanalyse qu'on ne trouve pour l'instant pas référencé sur la page Internet du site de Sainte-Anne, ferait-il figure de village gaulois cerné d'une part par la neurologie qui, à Sainte-Anne aussi, a pris une importance considérable mais aussi par les services de psychiatrie où l'on ne pratique que les thérapies comportementales et cognitives (TCC) ? Françoise Gorog balaie notre question d'un sourire : « Je ne suis pas très gauloise, je suis née dans la capitale de la Gaulle romaine, Lugdunum ! Je n'ai rien contre les villages gaulois, les archéologues sont très bien pour s'en occuper, notre projet est plutôt de voir comment, par exemple, la psychanalyse peut dialoguer avec la pensée chinoise. Je travaille avec mes collègues et amis neurologues. Mais aussi, l’échange avec mon amie philosophe et philologue Barbara Cassin, membre du comité scientifique et Stéphane Habib, philosophe et psychanalyste, membre de l’Institut est précieux depuis des années. Un centre de neurosciences se développe à Sainte-Anne avec qui nous espérons pouvoir dialoguer. Et puis, vous savez, la « gauloiserie » atteint vite ses limites.»

SC

La prise de rendez-vous se fait auprès du secrétariat au 01.45.65.80.88, ou par mail s.rigaud@ch-sainte-anne.fr





[1] La psychiatrie de secteur ou sectorisation en psychiatrie désigne la répartition des structures de soins de santé mentale en fonction du lieu d'habitation des usagers.

[2] Dans le cadre de la modernisation des établissements de santé organisée par la loi du 21 juillet 2009, la communauté hospitalières de territoire a pour objectif affiché de rationaliser l'offre de soins et freiner les dépenses publiques de santé, notamment en supprimant certaines activités des hôpitaux locaux ou en les transférant vers de plus grands centres et en mutualisant les compétences médicales et les ressources.

[3]


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